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 Manger local à tout prix ?

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Oscar
hyper-motivé-e
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Nombre de messages : 87
Localisation : Laval
Date d'inscription : 15/08/2005

MessageSujet: Manger local à tout prix ?   Lun 13 Fév à 7:24

Un copain à moi m'a écrit ceci :

Citation :
Mon problème avec le manger local à tous prix, ce n'est pas que je vois ça comme une forme d'ascétisme, c'est plutôt que je considère ça comme une erreur de frappe, un leurre (tout comme dans le cas du recyclage domestique, on ne s'attaque qu'aux petits pollueurs, se donnant l'illusion qu'on progresse et laissant tout le champ libre aux véritables coupables de poursuivre leur oeuvre de destruction massive (exemple : la pollution minime engendrée par l'acheminement par bateau de quinoa de Bolivie qui va permettre à un village, voire une région entière de pauvres paysans de survivre de même qu'à nous de profiter d'un super aliment versus la pollution astronomique conséquente d'une industrie telle celle de l'aluminum au Québec, responsable de désastre écologique à l'échelle de la province.) But that's just my way of seing it... mais je pense que ça ne fait jamais de tort de mettre les choses en perspective.

Qu'en pensez-vous ?
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Lucie
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Nombre de messages : 37
Localisation : Montréal (Ahuntsic)
Date d'inscription : 06/12/2005

MessageSujet: Re: Manger local à tout prix ?   Lun 13 Fév à 22:03

D'un côté, je crois que ton ami a raison... Je connais des gens, pourtant pas pauvres du tout, qui considèrent avant tout le prix quand ils achètent de la nourriture ou des biens courants et ne se soucient aucunement des conséquences environnementales ou sociales de leurs choix. Ces gens ne font même pas de recyclage, ils jettent tout à la poubelle. Ils prennent leur auto pour parcourir deux coins de rue. Si ces gens-là changeaient ne serait-ce qu'un peu leurs habitudes, par exemples s'ils achetaient un peu de nourriture bio ou locale ou s'ils mettaient ne serait-ce qu'une partie de leurs emballages au recyclage, l'impact serait beaucoup plus grand que si quelqu'un qui pose déjà beaucoup d'actions environnementales et sociales (comme beaucoup de participants à ce forum j'imagine!) en rajoute une petite...

D'autre part, il faut considérer notre capacité. C'est plus facile pour moi de changer mon comportement que d'amener les autres à changer le leur (surtout parce que ça implique qu'ils changent leur mentalité et ça peut être long et complexe). Donc je ne crois pas que c'est mal d'essayer de manger le plus local possible. Sauf que, oui, d'autres actions auraient probablement plus d'impact.

Personnellement, j'essaie d'équilibrer tout ça en faisant tout ce que je peux pour l'environnement, mais en en parlant aussi autour de moi et surtout en ne cachant pas mes habitudes "granoles", même parmi des groupes de non-"granoles" (ne pas me cacher est plus subtil que de parler haut et fort, mais l'exemple est parfois le meilleur argument!). Quand je vois que quelqu'un n'est pas réceptif, j'arrête. Parfois la personne va me revenir sur le sujet plus tard, et à ce moment ça vient d'elle, elle est prête à changer et probablement que ça sera plus durable que si j'avais insisté au début. J'ai la philosophie "patience et longueur de temps valent mieux que force ni que rage" de La Fontaine dans le chêne et le roseau. Ça m'évite aussi de me brûler inutilement à essayer de convaincre des gens récalcitrants!

Toi, Oscar, qu'en penses-tu?
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Oscar
hyper-motivé-e
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Nombre de messages : 87
Localisation : Laval
Date d'inscription : 15/08/2005

MessageSujet: Re: Manger local à tout prix ?   Mar 9 Mai à 10:23

Quand mon copain m'a envoyé le courriel reproduit plus haut il y a quelques mois, j'ai été scandalisé.

Aujourd'hui, par contre, en examinant mon expérience avec le Projet Aliments d'Ici, je commence à croire que mon copain avait mis le doigt sur quelque chose de pertinent.

J'ai été pendant plusieurs mois un des animateurs "officiels" du Projet Aliments d'Ici. J'ai décidé d'être parfaitement conséquent avec le discours que je développais alors et de ne manger que des aliments produits localement, même en hiver, pour voir jusqu'à quel point cette façon de faire pouvait être fonctionnelle. J'ai procédé comme le réalisateur de Supersize Me : je suis devenu le cobaye volontaire d'un mode d'alimentation pour en tester les effets sur ma santé.

Voici les effets qu'une alimentation strictement locale a eu sur ma culture alimentaire à l'hiver 2005-2006 :

1. Appauvrissement gastronomique
Alors qu'avant je prenais plaisir à découvrir le monde en voyageant par la gastronomie, au printemps 2006, mon alimentation était devenue aussi austère qu'un paysage canadien en hiver. Mes exhubérants caris indiens, plats de nouilles thaïlandaises, soupes japonaises ou vietnamiennes et salades tropicales parfumées avaient été remplacés par des plats bien sobres de patates, légumes-racine et bines. Avant, cuisiner pour moi, c'était voyager, c'était célébrer la créativité de la terre et des peuples de la terre. Après le Projet, c'était subir l'hiver canadien attendant l'été. Avant, ma diète était une façon d'exprimer ma joie de vivre et ma créativité à travers la gastronomie. Après, ce n'était plus qu'une façon d'exprimer une idéologie.

2. Appauvrissement diététique
Pour manger local, j'ai dû sacrifier certains produits santé par des produits beaucoup moins sains. J'ai abandonné le thé, qui est pourtant reconnu pour sa valeur thérapeutique. J'ai dû remplacer l'huile d'olive, qui est bonne pour le coeur, par des huiles inférieures, et même par du beurre. En remplaçant le riz et le quinoa par de la patate pilée, je me suis mis à consommer encore plus de beurre, parce que la patate pilée sans beurre, c'est sec et ça manque de goût. En abandonnant les produits de soya fermenté (ceux produits localement qui ne sont pas des imitations médiocres sont rares et coûtent une fortune), j'ai été privé des bienfaits diététiques de la cuisine japonaise. En abandonnant les épices exotiques, qui souvent ont des propriétés médicinales très intéressantes (comme le curcuma, qui aurait pu contribuer à diminuer mon taux de cholestérol augmenté par ma consommation de beurre), j'ai vu mon appétit diminuer alors même que je devais manger plus pour rester au chaud durant l'hiver. Ce phénomène a été amplifié par le fait que beaucoup de substituts locaux d'aliments non-locaux (par exemple : le beurre de soya en remplacement du beurre d'arachides) goûtent moins bon que l'original et nourrisent moins l'appétit. Mais voici le pire : j'avais pratiquement cessé de manger des légumes verts frais durant l'hiver, vu que nous n'en produisons pas localement durant cette saison. Et je n'ai pas pu les remplacer par des germinations parce que je trouve que ça prend un estomac de vache pour digérer ce genre d'aliment. J'avais développé des carences et j'avais moins de résistance aux effets négatifs de l'hiver sur le corps.

Je continue à croire que manger local est une pratique intéressante, mais j'en suis venu à croire, comme mon copain cité plus haut, qu'il y a des champs de bataille plus appropriés que l'alimentation. Vouloir changer le monde par la consommation responsable n'est pas nécessairement l'approche la plus productive, parce que :

1. Le comportement de la masse est davantage influencé par des politiques gouvernementales ou des déterminants économiques que par le discours ou le mode de vie de gens éclairés qui restent marginaux.

2. Il faut avoir de l'argent, donc avoir un emploi payant, pour pouvoir consommer systématiquement des produits locaux et bio, qui restent plus chers. Mener une vie de militant ou de bohémien ne favorise pas l'enrichissement et par extension, l'achat de produits locaux ou bio. Soyons parfaitement honnêtes : la consommation responsable, c'est le militantisme de la classe moyenne aisée.

3. Inclure des aliments exotiques dans notre alimentation habituelle, sans en faire la base de notre diète, et inclure quelques légumes frais importés à notre alimentation hivernale à un impact écologique bien moins important que de, par exemple, utiliser une automobile pour tous nos déplacements. Il faut savoir hiérarchiser les problèmes pour mieux cibler nos efforts, et accepter d'avoir une empreinte écologique minimale.

Je commence à croire que pour changer la société efficacement, il faut avoir une politique réaliste, agir selon notre intérêt, et laisser faire les grands principes. Ceux qui refusent de participer au système en sont les plus grandes victimes. Ceux qui ont le plus de chances de faire passer des lois pro-environnementales sont ceux qui votent pour des partis progressistes plutôt que ceux qui s'abstiennent de voter pour dénoncer le manque de vision écologiste de l'État. Ceux qui ont le plus de chances d'influencer l'économie par la consommation responsable sont ceux qui ont de l'argent et non ceux qui renient l'argent pour vivre selon des valeurs idéalistes.

Ceci dit, je relativise maintenant la pertinence de certains propos radicaux que j'ai tenus sur ce forum. Soumettre l'alimentation à une idéologie est une pratique qui s'est avérée contre-productive pour moi parce que cela a nuit à ma santé et à ma joie de vivre. Or, la joie de vivre est la source de toute motivation, et la santé est le moteur de toute entreprise. L'argent aussi, dans un monde où l'argent, c'est le pouvoir. J'ai donc pris la résolution de réviser ma façon de contribuer au maintien d'une qualité de vie pour l'humanité. Fini le radicalisme idéologique.

Pour améliorer le système, il faut travailler avec lui !

J'ai également pris la résolution de réintégrer les aliments exotiques à mon alimentation, tout en y préservant les aliments et pratiques intéressantes que j'ai pu découvrir dans le cadre du Projet Aliments d'Ici. Et pour mieux pratiquer la consommation responsable, je vais me consacrer à une profession plus payante que le militantisme !
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Mickaël PaysanBioFrancais
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Date d'inscription : 27/11/2005

MessageSujet: Re: Manger local à tout prix ?   Lun 15 Mai à 18:20

!!!


Dernière édition par le Mer 4 Avr à 12:32, édité 1 fois
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Oscar
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Localisation : Laval
Date d'inscription : 15/08/2005

MessageSujet: Re: Manger local à tout prix ?   Mar 16 Mai à 16:42

Mickaël, tu as tout à fait compris le sens de mon message. Sois assuré que je ne renie pas mes valeurs écologistes, mais comme tu l'as dit :

"on ne mange pas totalement local en si peut de temps sans avoir de soucis, on y viens progréssivement."

Le but de mon message était de mettre les gens en garde contre le purisme idéologique. Il faut faire les choses dans le respect de soi et dans le plaisir, sinon, on se mortifie. Ce forum est une mine d'informations utiles. Mais je recommande à tout le monde d'en prendre et d'en laisser, parce que la façon la plus durable de manger local et de vivre écologiquement, c'est celle qui nous ressemble, même si elle est moins épatante que celle d'un écologiste radical.

Ceci dit, je ne renie pas le militantisme, je l'abandonne tout simplement, parce que je m'y épanouis pas. De toutes façons, il y a d'autres façons, moins sublimes mais possiblement plus efficaces, de travailler à améliorer les choses. Si je veux faire plus d'argent, c'est en partie pour pouvoir financer des agriculteurs engagés comme toi, Mickaël, en achetant régulièrement vos produits qui sont plus écologiques mais aussi, souvent, un peu plus chers !
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