L'idée de faire revenir de l'ortie dans la poêle pour obtenir une feuille qui donne une infusion semblable au thé vert est tout à fait prometteuse. Cette expérimentation me porte à croire que le secret du thé n'est pas tant dans la feuille que dans la transformation qu'on lui fait subir.
Avez-vous déjà goûté à une infusion de thé blanc ? Le thé blanc est produit à partir de feuille de théïer (
Camelia sinensis) qui n'a été que séchée, et il donne une infusion à l'arôme neutre, si neutre qu'elle pourrait facilement être confondue avec une infusion d'avoine fleurie (
Avena sativa), par exemple. Le thé, nature, goûte la feuille, c'est-à-dire : à peu près rien. Ce qui donne aux diverses sortes de thé leur arôme spécifique, c'est la torréfaction (pour le thé vert) ou la fermentation (pour le thé noir) de la feuille de théier. (Pour plus d'informations à ce sujet, voir :
http://tecfa.unige.ch/perso/staf/gonzalez/Le_T/sortes.html.)
Voici où je veux en venir : le thé est facile à remplacer par d'autres plantes locales ! Je spécule qu'il suffit d'appliquer, en les ajustant, les procédés de fabrication du thé à une quelconque plante locale qui a un goût neutre. Nous avons déjà découvert que l'avoine fleurie donne une infusion semblable au thé blanc, que l'ortie grillée donne une infusion semblable au thé vert, et que le framboisier, qu'il suffirait peut-être de fermenter pour parfaire le procédé, donne une infusion semblable au thé noir. Si donc le thé est si facile à imiter, pourquoi continuer à importer du thé ?
Je ne prétends pas qu'il soit possible de répliquer à la perfection l'arôme des grands cru de thé avec des plantes d'ici. Mais j'ose prétendre ceci : les amateurs inconditionnels du thé sont en fait amateurs de la mystique du thé. Le thé, contrairement à l'avoine fleurie, à l'ortie et au framboisier, profite du prestige qui lui a été conféré par plusieurs millénaires de tradition. Le thé se démarque par la richesse de sa tradition bien plus que par la richesse de son arôme. Le thé, en un mot, est
surfait ! Je trouve, en effet, qu'il y a autant de différence entre deux crus de thé vert qu'entre un thé vert et une tisane quelconque ! Le thé, à mon avis, n'est pas irremplaçable : il suffit de redécouvrir les plantes locales et de les enrichir d'une nouvelle tradition, bien de chez nous.